La culture estonienne contemporaine

21.10.2011
Événements
culturels en Estonie Festivals musicaux en
Estonie
Située sur la carte entre l’Europe
orientale et l’Europe occidentale, l’Estonie, du point de vue culturel,
est une zone frontière, ou plutôt un carrefour. Dans ses traditions on
trouve des éléments venus aussi bien de l’Est que de l’Ouest, mais de
surcroît les Estoniens se sont toujours vus comme des Nordiques, liés
mentalement à la Scandinavie. Une culture des marges, de la frontière
peut susciter des phénomènes et des corrélations extrêmement
intéressants, et de ce point de vue, l’Estonie est un pays ouvrant une
multitude de perspectives. La musique
L’une de ses cartes
de visite vis-à-vis du reste du monde est indiscutablement la musique
contemporaine. Les compositeurs Arvo Pärt,
Veljo Tormis et Erkki-Sven Tüür ne
doivent sans doute plus être présentés aux amateurs de musique
sérieuse, pas plus que les chefs d’orchestre et de chœur Neeme
Järvi, Paavo Järvi, Eri
Klas et Tõnu Kaljuste ainsi qu’Anu
Tali qui attire de plus en plus l’attention : ils
travaillent tous avec des orchestres et des chorales dans le monde
entier. Au fil des siècles, le rôle de la musique
et du chant dans la préservation de l’identité estonienne a été
essentiel et la tradition des grandes fêtes du chant,
qui a commencé avec le mouvement de l’éveil national au
xixe siècle, reste encore aujourd’hui l’un des
phénomènes plus caractéristiques de la vie culturelle estonienne. Aux
points culminants de la fête du chant, près de 25000 Estoniens se
rassemblent sur l’estrade pour chanter tous en chœur. En été 2011 se
tient la 11e édition de la fête du chant et de la
danse de la jeunesse intitulée « Le vaste monde commence dans un petit
pays ». Ces dernières années,
aussi bien le public jeune que des mélomanes plus âgés ont fait du
Festival de musique traditionnelle de Viljandi l’une
des manifestations les plus populaires de l’année : ce festival
fait vivre la musique traditionnelle de peuples divers et en fournit de
nouvelles interprétations. Le public mélomane peut également apprécier
le festival de jazz Jazzkaar, le festival
Birgitta, qui associe le théâtre et une musique particulière
et le festival de musique lacustre de Leigo qui se
déroule au cœur de la belle nature du sud de l’Estonie. Un des festivals
les plus récents est le festival
Nargen dirigé par le chef d’orchestre Tõnu Kaljuste
et dont les concerts estivaux ont lieu sur des petites îles
estoniennes. Depuis 2009 se tient chaque printemps
le festival Tallinn Music Week destiné à favoriser
l’exportation de la musique estonienne et où se produisent les artistes
les plus en évidence du moment. Le groupe Svjata Vatra et la jeune
chanteuse Iiris se sont fait connaître d’un plus large public grâce à ce
festival. Les arts visuels
Bien que les arts visuels ne connaissent pas
les barrières linguistiques, il s’agit d’un domaine dans lequel le
chemin des Estoniens vers le monde a été plus compliqué que pour la
musique. Depuis 1997, la biennale de Venise joue un rôle important pour
faire connaître l’art estonien : l’Estonie y a été représentée
par les artistes internationalement les plus célèbres, comme
Jaan Toomik et Ene-Liis Semper,
ainsi que Marco Laimre, Kaido Ole,
Marko Mäetamm et bien d’autres encore.

L’inauguration du nouveau bâtiment du
Musée d’art d’Estonie – le musée d’art Kumu – à
Kadriorg début 2006 a donné une impulsion essentielle aux arts visuels.
Ce musée d’art, qui est âgé de près de quatre-vingt dix ans, a
maintenant la possibilité de montrer l’art estonien dans une exposition
globale depuis le xviiie siècle jusqu’aux années
1990. Outre l’exposition permanente, on trouve à Kumu une galerie d’art
et une grande salle d’exposition, où le musée accueille des expositions
d’art aussi bien estonien qu’international. En 2008, le Kumu a obtenu le
Prix du Musée européen. La
littérature On a souvent estimé que la culture
estonienne – du fait de sa tradition protestante – est plus centrée sur
la parole que sur l’image, et on a souligné l’importance, voire la
prééminence de la littérature en comparaison avec les
autres domaines artistiques. Le paysage littéraire estonien
d’aujourd’hui est kaléidoscopique, on y trouve les orientations les plus
diverses. Les œuvres de Jaan Kross, qui parlent de
l’histoire et de la destinée du peuple estonien, n’ont rien perdu de
leur célébrité et de leur popularité, de même qu’il faut relever le
poids de Jaan Kaplinski, prosateur, poète, essayiste
et traducteur. La littérature de la dernière décennie a été marquée par
les débats suscités par les œuvres de Tõnu
Õnnepalu. En Estonie même, l’un des
écrivains les plus populaires est Andrus Kivirähk,
qui va chercher son inspiration dans la création d’une mythologie
estonienne fort personnelle, parfois même comique. La poésie de la jeune
poétesse Kristiina Ehin a été traduite en plusieurs
langues. Les jeunes écrivains et poètes estoniens se sont rassemblés
dans plusieurs groupements. Outre la création littéraire en estonien, il
faut souligner l’importance clé, depuis l’indépendance, de l’œuvre de
traduction aussi bien des classiques de la littérature que des textes de
base de l’histoire de la culture. Aujourd’hui, dans une société de plus
en plus ouverte, la préservation, le développement et la transformation
de la langue estonienne, qui est parlée par moins d’un million de
personnes, de même que la création d’un vocabulaire estonien dans tous
les domaines de la vie, sont des questions d’actualité. La presse
culturelle, dont le nombre de lecteurs par rapport à la population est
considérable, joue un rôle analogue. Le théâtre
Le théâtre estonien, dont la formation a été
influencée aussi bien par l’école russe que par l’école allemande, a de
fortes traditions et un public dévoué. Le théâtre le plus ancien
d’Estonie, le Vanemuine de Tartu, reste polyvalent,
puisqu’on y présente aussi bien des mises en scène de théâtre, de
musique que de danse. Traditionnellement, les principaux théâtres
d’Estonie sont l’Opéra estonien Estonia et le Théâtre
estonien Eesti Draamateater alors qu’à côté d’eux a
émergé le Théâtre de la ville de Tallinn Tallinna
Linnateater, théâtre d’élite à la tête de la création, surtout
grâce à son énergique directeur, le metteur en scène Elmo Nüganen. Et
ces dernières années un autre théâtre s’est fait remarquer,
NO99, qui incarne les tendances les plus
contemporaines et dont les mises en scènes de grande envergure ont
trouvé une résonnance dans la société. De plus en
plus, le paysage théâtral est caractérisé par de nouveaux théâtres et
troupes indépendants qui proposent des formes nouvelles de
représentation. Il faut ajouter un phénomène sui
generis, le théâtre d’été, qui attire beaucoup de
public : tous les ans, les représentations ont lieu dans de
nouveaux locaux et ce genre propose de nouvelles possibilités de mise en
scène pour des œuvres légères ou sérieuses à l’extérieur des théâtres
traditionnels. Le cinéma
Ces dernières années, la
production cinématographique estonienne a relevé la tête. Les films de
Veiko Õunpuu et d’Ilmar Raag ont été récompensés dans différents
festivals. L’année 2010 a été prospère pour le cinéma estonien
aux États-Unis, où le jeune réalisateur Tanel Toom a
remporté l’Oscar du film d’étudiant pour son court métrage « La
Confession » (Pihtimus).
La formation de nouveaux cinéastes est assurée par l’École du
film et des media de Tallinn, qui est la seule en Europe du Nord à
proposer un enseignement en anglais. L’événement
de l’année en matière de cinéma est indiscutablement le
Festival international des Nuits noires (PÖFF), qui
est devenu un lieu de rencontre des cinéphiles estoniens et des pays
proches. En 2010, Tallinn a accueilli dans le cadre de ce festival le
grandiose Gala du Prix du cinéma européen. Depuis des décennies, le
dessin animé a représenté l’image de marque du cinéma
estonien et sa carte de visite s’appelle Priit Pärn,
qui est toujours parmi les meilleurs réalisateurs au monde dans ce
domaine. L’architecture
Avec l’espace mental des Estoniens, cette dernière décennie a
vu une transformation considérable de leur milieu de vie. L’architecture
et l’urbanisme ont fait l’objet de débats animés, surtout dans la
capitale, Tallinn, où s’élèvent côte à côte la vieille
ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et un nouvel
espace avec des édifices de bureaux et de banques aux vitres
réfléchissantes, des hôtels et des centres commerciaux. Sans compter
qu’en plus du milieu mental et du milieu physique, on voit se développer
un troisième milieu, puisque le rôle de la réalité virtuelle est de
plus en plus significatif pour les Estoniens aussi bien dans leur
quotidien que dans leur vie culturelle
 
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